La suspension de la réforme des retraites, actée à l’automne 2025 puis inscrite dans la loi de financement de la Sécurité sociale, a changé la donne pour des millions d’actifs — et singulièrement pour les dirigeants et les travailleurs indépendants, qui pilotent leur retraite comme un projet patrimonial à part entière. Gel du calendrier, générations concernées, incertitude sur la suite : voici ce qui change concrètement, et surtout ce qu’il faut en faire.
Suspension de la réforme des retraites : ce qui est acté
Le relèvement progressif de l’âge légal vers 64 ans, engagé par la réforme de 2023, est suspendu : l’âge légal est gelé à 62 ans et 9 mois, niveau atteint par la génération 1963, et la durée d’assurance requise est également figée pendant la période de suspension, prévue jusqu’en janvier 2028. À cette date, sauf nouvelle intervention du législateur, le calendrier initial reprendrait son cours.
En revanche, la mécanique générale du système ne change pas : décote et surcote, taux plein automatique à 67 ans, règles du cumul emploi-retraite et de la retraite progressive restent en vigueur.
Qui est concerné par la suspension ?
Ce sont principalement les générations nées à partir de 1964 qui bénéficient du gel : au lieu de voir leur âge légal poursuivre sa hausse vers 63 ans et au-delà, elles restent — provisoirement — à 62 ans et 9 mois. Pour les générations antérieures, déjà passées sous les paliers précédents, rien ne change. Pour vérifier votre situation personnelle, votre relevé de carrière est consultable sur info-retraite.fr.
Les impacts concrets pour les dirigeants et les TNS
Une date de départ à recalculer
Si vous êtes né en 1964, 1965 ou 1966, votre date de départ théorique avance potentiellement de plusieurs mois. Pour un dirigeant, cela peut décaler toute une mécanique : calendrier de cession ou de transmission de l’entreprise, clôture d’un plan retraite, dénouement d’un article 83 ou d’un PER d’entreprise. Un départ avancé, c’est aussi une année de cotisations et de revenus en moins à intégrer dans vos projections.
Trimestres, rachats et carrières à trous
La durée d’assurance étant gelée pendant la suspension, l’intérêt d’un rachat de trimestres se recalcule : certains rachats envisagés pour atteindre le taux plein sous l’ancien calendrier deviennent inutiles, d’autres au contraire deviennent très rentables si votre départ avance. C’est particulièrement vrai pour les indépendants aux carrières heurtées ou débutées tard.
Cumul emploi-retraite et retraite progressive
Un âge légal plus précoce, c’est aussi un accès plus rapide au cumul emploi-retraite — un levier puissant pour les dirigeants qui souhaitent liquider leurs droits tout en poursuivant une activité, et qui, depuis 2023, génère de nouveaux droits à retraite sous conditions.
Pourquoi la suspension de la réforme des retraites renforce le besoin d’épargne privée
La véritable leçon de cet épisode n’est pas dans les mois gagnés ou perdus : c’est l’instabilité chronique des règles. En vingt ans, l’âge légal a changé trois fois, et la suspension actuelle n’est — par construction — que provisoire. Pour un dirigeant ou un TNS, dont la pension obligatoire remplace souvent moins de la moitié du revenu d’activité, la seule variable réellement pilotable reste l’épargne retraite privée : PER individuel alimenté avec déduction fiscale, assurance vie pour la souplesse, dispositifs collectifs pour le chef d’entreprise. Ce socle-là ne dépend d’aucun décret.
Les bons réflexes en 2026
- Refaire votre projection de départ avec l’âge gelé à 62 ans et 9 mois — et une variante « reprise de la réforme en 2028 » ;
- Recalculer l’opportunité de tout rachat de trimestres envisagé avant la suspension ;
- Vérifier votre relevé de carrière et corriger les anomalies (années indépendant mal reportées, périodes étrangères…) ;
- Caler vos versements PER sur vos plafonds de déduction disponibles, reportables sur plusieurs années ;
- Pour les dirigeants proches du départ : synchroniser retraite, transmission de l’entreprise et protection sociale d’après.
FAQ — Suspension de la réforme des retraites
Jusqu’à quand la réforme des retraites est-elle suspendue ?
La suspension court jusqu’en janvier 2028. Sans nouveau texte d’ici là, le relèvement de l’âge légal et de la durée d’assurance reprendrait ensuite selon le calendrier de la réforme de 2023.
Quel est l’âge légal de départ pendant la suspension ?
L’âge légal est gelé à 62 ans et 9 mois pour les générations concernées, à commencer par celle de 1964. L’âge du taux plein automatique reste fixé à 67 ans.
Dois-je avancer mon départ à la retraite ?
Pas mécaniquement : partir plus tôt, c’est aussi cotiser moins longtemps et figer une pension plus faible. La bonne décision dépend de votre nombre de trimestres, de vos revenus de fin de carrière et de vos projets — elle se chiffre au cas par cas.
La réforme peut-elle reprendre avant 2028 ?
Le cadre actuel prévoit une reprise en janvier 2028, mais l’histoire récente montre que les règles peuvent évoluer à chaque loi de financement. C’est précisément pour cela qu’une stratégie retraite solide repose d’abord sur des leviers que vous maîtrisez.
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